Phoenix forever

Chemin de la tête de lion,
Grasse, 2016

Le projet Phœnix forever relate la disparition des palmiers dans le Midi de la France face à la propagation du charançon rouge. Cet insecte coléoptère originaire d’Asie tropicale a atteint le bassin méditerranéen dans les années 1980 et été identifié dans le Sud-Est de la France pour la première fois en 2006. Il a depuis détruit la moitié des palmiers de la région, principalement les palmiers dattiers, dits palmiers Phœnix. Ses larves colonisent le cœur de l’arbre et y creusent des galeries. L’arbre attaqué perd la totalité de ses palmes et meurt après pourrissement complet du tronc. Aucune solution efficace n’existe à ce jour pour enrayer le fléau, et de nombreux spécialistes prévoient la disparition totale des palmiers Phœnix en Méditerranée d’ici une vingtaine d’années.

Cette épidémie touche l’ensemble du bassin méditerranéen. Le témoignage que j’en livre se concentre principalement sur la Côte d’Azur, entre Nice, Cannes et Grasse, région dont je suis originaire – mon grand-père, horticulteur, cultivait les mimosas, mon atelier d’été est situé dans les plantations – et qui empreint fortement mon travail. Ces paysages de plages et de collines, la végétation, la lumière, le sable, sont autant d’éléments qui nourrissent ma pratique. Particulièrement attentive aux mutations observées au fil du temps, je construis une archive photographique depuis une dizaine d’années, d’été en été, d’une saison à l’autre.

J’ai commencé à photographier les palmiers lorsque j’ai constaté leur dégradation et leur disparition progressive. Parmi eux, celui planté par mes grands-parents, abattu puis débité en plusieurs tronçons. Dans le virage voisin de la maison familiale, j’avais souvent photographié «Les Palmiers», dont la façade avant était ombragée par trois grands Phœnix ; aux images des palmiers pleins de vie ont succédé celles de trois arbres malades, semblables à des parasols fermés, puis de trois troncs nus, décapités. Les arbres condamnés sont parfois abattus et évacués, mais bien souvent les troncs nus sont laissés sur place en raison du coût élevé de leur enlèvement, dû aux précautions sanitaires que celui-ci impose. Certains propriétaires peu scrupuleux les font débiter et s’en débarrassent illégalement  dans des décharges sauvages. J’ai ainsi trouvé à plusieurs reprises des tronçons de palmiers à l’entrée de chez moi, sur le chemin d’accès menant à la maison, assez reculé et donc à l’abri des regards pour ce genre de dépôts. 

Noires figures totémiques dressées vers le ciel, ces troncs morts ont peu à peu intégré le panorama comme les témoins silencieux d’une disparition annoncée. J’ai obéi à la nécessité de photographier ces arbres, malades ou morts, de capturer leur déformation ou leur absence, les innombrables vides laissés derrière eux, de photographier aussi parfois les arbres sains comme autant de disparus en sursis. Cette démarche d’archivage répond en premier lieu à la volonté de mener un travail de mémoire : ne pas oublier ce qui a été, se souvenir qu’ici se dressait un arbre, dans une région déjà si profondément sujette aux transformations.

Le projet est en cours sous des formes multiples : blog, photographies, tableaux, travail sur les troncs trouvés devant chez moi. Je souhaite poursuivre les interventions sur les troncs morts en intervenant in situ et recherche un accompagnement afin de développer le projet.

Villa « Les Palmiers »
Mandelieu-Capitou, 2010-2019

Jardin de la maison familiale « La Maison Blanche »,
Mandelieu-Capitou, 2010-2015

Boulevard du Midi
Mandelieu-la-Napoule, 2011-2020

wingsdontgrowompalmtrees.tumblr.com
archive photographique / blog, depuis 2016 

Strates, 2019-2020
tronçons peints,  dimensions variables

Cœur de palmier, 2019
huile sur toile, 50 x 50 cm

Dreamcatcher, 2019
huile sur toile, 130 x 97 cm

Bonjour tristesse, 2018
huile sur toile, 194 x 130 cm

Palmien, 2012
huile sur toile, 194 x 97 cm