une place au soleil

QUE JE NE SONGE

Que je ne songe, 2020
installation, techniques mixtes, dimensions variables

vues de l’exposition personnelle Une place au soleil
She BAM! galerie hors-les-murs, rue Véron / Chambre d’Embarquement, Paris

communiqué de l’exposition

Une place au soleil est la première exposition personnelle à Paris de l’artiste franco-allemande Dorothée Louise Recker. Conçue comme une installation in situ pour la galerie Chambre d’embarquement, elle associe peinture, volume et photographie dans l’espace d’une chambre à coucher. Celle-ci est le point de départ de la proposition, la nature intime et secrète de la chambre se faisant prétexte au déploiement d’un univers. Dans cet « intérieur » semblable à un décor de théâtre, la scénographie s’articule autour du vocabulaire plastique de l’artiste : des tableaux à l’huile aux objets de sable, de l’évanescence céleste des gradations colorées à la granularité tactile des plis et des volumes, de la lumière diffuse de la surface peinte à l’obscurité contenue du drapé.

Est-ce sa chambre idéale, un lieu désiré ou connu, une réminiscence ? Quelqu’un a-t-il rêvé dans ces draps enchevêtrés, les yeux perdus dans le fou du ciel, quitté ce lit à l’aube ou au crépuscule ? A l’issue de quel songe nocturne, de quelle sieste brûlante ? Le visiteur est libre de son interprétation, appelé à se laisser aller à l’imaginaire ici investi au gré de ses propres émotions sensorielles. Des pistes toutefois l’orientent, des indices le dirigent. En l’occurrence vers la mer et le soleil, là où Dorothée Louise Recker a grandi et puise son inspiration. Cap au Sud. Cet univers méditerranéen, lumineux et solaire empreint sa pratique tant dans son approche plastique qu’à travers les archives photographiques dont celle-ci se nourrit, des chroniques estivales qui ne sont pas sans exprimer une part d’ombre, un revers du zénith. Dans le récit mélancolique de ces étés qui se ressemblent, égrenant la fuite du temps comme le sable qui fuit sous les pas, on ressent une inquiétude latente, une tristesse balnéaire ; sous la douce chaleur des couleurs de la plage, les méduses mordent en eaux troubles, la langueur du quinze août sonne l’heure où meurent les arbres, et la fumée brune d’un feu de forêt, soudain, vient brouiller l’azur et manger le soleil.

C’est ce que Dorothée Louise nomme le « cœur canicule » et décrit comme un ressenti propre à ce territoire qui est le sien – un territoire tout à la fois intime et géographique, mille fois parcouru et photographié, dont la narration en images mêle trame personnelle et références collectives. Restituée par son geste de peintre et de plasticienne, par la matière et la couleur, elle en livre une expression abstraite. C’est ici une chambre avec vue offerte à la visite, une fenêtre ouverte sur un panorama dont elle s’attache à « définir l’horizon, dessiner les traverses et les contours ; un proche lointain mis au jour pour être raconté et souhaité familier pour qui s’y arrête. »