Escapes

ESCAPES

 Alles-retours (voir la mer), 2019
vidéo monocanal, couleur, 6 min. 15 s.

L’écran divisé en deux parties égales retransmet les dernières minutes du trajet Paris-Cannes et des premières minutes du trajet Cannes-Paris, filmées depuis la vitre du TGV.

Reisebüro (L’agence de voyages), 2014
vidéo monocanal, couleur, son, 6 min. 15 s.

Ces images ont été tournées depuis les fenêtres de l’atelier que j’ai occupé entre 2013 et 2015 à Berlin, dans le district de Hohenschönhausen, situé en périphérie est de la ville. Celui-ci abritait avant la réunification le quartier général de la STASI, le service de police politique, de renseignement, d’espionnage et de contre-espionnage de la République démocratique allemande, et correspondait à une zone grise sur la carte de la ville. La principale prison politique s’y trouvait, où de très nombreux dissidents furent emprisonnés. Aujourd’hui devenue un mémorial, elle fait face à des ateliers d’artistes, installés dans des bâtiments jadis utilisés pour le renseignement. Une partie des guides qui en assurent les visites sont des anciens détenus. Ils décrivent leurs conditions de détention et les différentes méthodes de déstabilisation et de torture psychologique employées par les agents. L’une d’elles consistait à proposer aux prisonniers de lire pour se distraire et de leur offrir à cet effet des guides de voyage – comme autant d’échappées impossibles vers des destinations interdites.

Si mes années à Berlin ont représenté pour moi un séjour de forte signification personnelle et une plongée dans l’histoire récente de mon pays d’origine, la communauté artistique allemande que j’y ai côtoyée et mes collègues d’atelier m’ont toujours considérée comme « die Französin », la Française, mon identité étrangère et pour eux teintée d’exotisme prenant le pas sur ma double nationalité et mon bilinguisme. Je me sentais de fait un peu en voyage dans mon propre pays, et ce d’autant plus sur ce territoire particulier, banlieue populaire si fortement marquée par son histoire, faite de zones industrielles, de barres HLM et de rues pavillonnaires. Confrontée au quotidien à un panorama peu commun, j’en ai conservé des photographies et des fragments vidéo. Le petit film ainsi monté en est une présentation subjective, abordant par une certaine forme d’humour et de légèreté délibérée les thèmes du voyage, de la frontière et de l’identité.