Phoenix forever

PHOENIX FOREVER

Le projet Phœnix forever relate et documente la disparition des palmiers dans le Midi de la France face à la propagation du charançon rouge. Surnommé «tueur de palmiers», cet insecte coléoptère originaire d’Asie tropicale a atteint le bassin méditerranéen dans les années 1980 et été identifié dans le Sud-Est de la France pour la première fois en 2006. Il a depuis détruit la moitié des palmiers de la région, principalement les palmiers dattiers, dits palmiers Phœnix. Ses larves colonisent le cœur de l’arbre et y creusent des galeries. L’arbre attaqué perd la totalité de ses palmes et meurt après pourrissement complet du tronc. Aucune solution efficace n’existe à ce jour pour enrayer le fléau. Si de nombreux spécialistes prévoient la disparition totale des palmiers Phœnix en Méditerranée d’ici une vingtaine d’années, une nouvelle méthode naturelle à base de champignons est cependant en cours d’essai.

Cette épidémie touche l’ensemble du bassin méditerranéen. Le témoignage que j’en livre se concentre principalement sur la Côte d’Azur, entre Nice, Cannes et Grasse, région dont je suis originaire – mon grand-père maternel, horticulteur, cultivait les mimosas, mon atelier d’été est situé dans les plantations – et qui empreint fortement mon travail. Ces paysages de plages et de collines, la végétation, la lumière, le sable, sont autant d’éléments qui nourrissent ma pratique. Particulièrement attentive aux mutations observées au fil du temps, je construis une archive photographique depuis une dizaine d’années, dressant d’été en été, d’une saison à l’autre, un portrait subjectif de cette région chère à mon cœur.

J’ai commencé à photographier les palmiers lorsque j’ai constaté leur dégradation et leur disparition progressive. Parmi eux, celui planté par mes grands-parents s’est retrouvé à terre, débité en plusieurs tronçons. Dans le virage voisin, j’avais souvent photographié «Les Palmiers», modeste maison azuréenne du début du 20ème siècle, relativement défraîchie et à mes yeux pleine de charme, dont la façade avant était ombragée par trois grands Phœnix ; aux images des palmiers pleins de vie se sont succédées celles de trois arbres malades, semblables à des parasols fermés, puis de trois troncs nus, décapités. Les arbres condamnés sont parfois abattus, mais bien souvent les troncs sont laissés sur place en raison du coût élevé de leur enlèvement.

Noires figures totémiques dressées vers le ciel, ces troncs morts ont peu à peu intégré le panorama comme les témoins silencieux d’une disparition annoncée. J’ai obéi à la nécessité impérieuse de photographier ces arbres, malades ou morts, de capturer leur déformation ou leur absence, les innombrables vides laissés derrière eux, de photographier aussi parfois les arbres sains comme autant de disparus en sursis. Cette démarche d’archivage répond en premier lieu à la volonté de mener un travail de mémoire : ne pas oublier ce qui a été, se souvenir qu’ici se dressait un arbre, dans une région déjà si profondément sujette aux transformations.

Le projet est toujours en cours et en évolution. Il a peu à peu pris des formes multiples, du blog aux tirages photographiques et aux tableaux. J’ai récemment fait débiter en 21 tronçons les restants du palmier familial pour donner vie à une nouvelle série de peintures. Je travaille actuellement à poursuivre les interventions sur les troncs morts, morcelés ou in situ.

Je recherche un accompagnement curatorial et institutionnel afin de le développer avec davantage de moyens et de visibilité.

captures d’écran / wingsdontgrowompalmtrees.tumblr.com  – blog, depuis 2016 

chemin de la tête de lion, Grasse, 2015

villa Les Palmiers, boulevard Jeanne d’Arc, Mandelieu-la-Napoule, 2010-2019

boulevard du Midi, Mandelieu-la-Napoule, 2016-2019

Dreamcatcher, 2019 – huile sur toile, 130 x 97 cm

Cœur de palmier, 2019 – huile sur toile, 50 x 50 cm

jardin de la maison familiale « La Maison Blanche », boulevard Jeanne d’Arc, Mandelieu-la-Napoule – 2010-2014

jardin de la maison familiale « La Maison Blanche » – tronçonnage du tronc abattu, 2018

série Intimités, 2019 – peinture acrylique sur tronçons de palmier mort,
dimensions variables

série Intimités – work in progress

vues d’installation, Auribeau-sur-Siagne, été 2019

Phœnix forever (Sa place au soleil), 2018  – acrylique sur béton, 2,40 x 14,50 m

Palmien, 2012 – huile sur toile, 194 x 97 cm

Bonjour tristesse, 2018 – huile sur toile, 194 x 130 cm

Imminence, En fuite et Saison close, 2018 / depuis les séries photographiques Tapage diurne, Des bleus au ciel et Wings don’t grow on palmtrees – impressions pigmentaires sur papier perlé montées sur aluminium, huile sur caissons de bois, 31 x 27  et 24 x 24 cm

vues de l’exposition collective Green is the coolest color, 2018, commissariat Luiza Vanelli Schmidt – Le Houloc, Aubervilliers